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| Mai 2012 | ||||||||||
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Bordeaux en chiffres : 230000 habitants, 7ème agglomération française. Au niveau international, Bordeaux jouit d’une forte réputation
dans le monde. Niveau de vie remarquable, patrimoine architectural grandiose, activité intense tant sur le plan culturel que sur le plan économique. Pourtant, face à la concurrence vivace entre
les villes formant le réseau-monde, Bordeaux a encore de nombreux défis à relever. L’un de ces défis est représenté par l’aménagement d’un important centre d’affaires à Saint-Jean Belcier.
L’importance de ce projet nécessite une profonde réflexion sur sa forme. De quel centre d’affaires Bordeaux a-t-elle donc besoin ? L’enjeux d’un tel centre d’affaires est essentiel pour
une ville comme Bordeaux, aussi présenterons-nous quelques pistes de réflexions pour une solution adéquate.
1. Les enjeux de l'édification de marqueurs urbains, signaux d'un centre d'affaires de dimension européenne
Les défis que Bordeaux doit aujourd’hui relever sont identiques à ceux que doivent relever les autres métropoles françaises, européennes et même mondiales à la recherche d'une visibilité
internationale. A en juger de par les stratégies adoptées par la plupart des villes engagées dans cette course et souhaitant insuffler une dynamique économique nouvelle, il apparaît qu’un
centre d’affaires marqué d'une ou plusieurs constructions en hauteur - dont l'esthétique architecturale est un critère fondamental - est une réponse parfaitement valable à la concurrence des
métropoles en même temps qu’il permet la requalification urbaine de tout un quartier. Finalement, un centre d’affaires a des effets à deux échelles différentes : d’une part à l’échelle
supra-municipale et d’autre part à l’échelle infra-municipale.
1.1 Quelle place pour Bordeaux dans la concurrence des villes aspirant à un rayonnement international ?
Aujourd’hui, le contexte est celui de la métropolisation du monde. Derrière ce nom barbare se dissimule la concentration des pouvoirs, des activités et des hommes dans quelques villes qui
dominent le monde. Si ce positionnement mondial de premier plan concerne en priorité les capitales, il existe l'échelon européen sur lequel de nombreuses villes cherchent à s'appuyer dans la
perspective d'un rayonnement international.
Malgré une taille critique de départ un peu en deçà de métropoles comme Barcelone, Lyon ou Munich (pour ne citer que celles-là), Bordeaux peut très bien s'inscrire dans cette compétition forte de
son bagage culturel et de son potentiel économique pour rattraper ses concurrentes. Pour s'affirmer au sein du réseau des villes qui comptent au niveau européen, toutes les stratégies d'urbanisme
parient en effet sur la construction de tours en hauteur. Objets de prestige, les tours sont le marqueur reconnu et inconscient de la vitalité économique. C'est aussi un outil
indispensable et attractif pour les sièges sociaux d'entreprises et de multinationales qui façonnent le tissu économique de la mondialisation. C'est donc un investissement éprouvé en
faveur de la création de nombreux emplois dans le secteur tertaire.
Force est de constater que le bilan est positif pour les villes européennes qui se sont dotées de telles infrastructures. En Allemagne d’abord. Munich, Stuttgart accueillent des sièges sociaux de
sociétés à la renommée internationale. Comment ne pas penser à Francfort également, devenue la première place boursière du continent européen et où s’est installée la Banque Centrale Européenne.
Depuis quelques années, la France renoue avec la politique de la hauteur. Paris avec un vaste programme pour La Défense, engagé depuis plusieurs années et encore aujourd’hui en chantier (preuve
du dynamisme de ce projet). A l’heure actuelle, l’Ile-de-France est la région la plus riche d’Europe et certainement l’une des plus dynamiques. De là à penser que cette « forme
urbaine » y est pour beaucoup, il n’y a qu’un pas. Certes, le statut de centre névralgique de la France a contribué à ce succès. Mais il ne tient qu’à Bordeaux de s’imposer sur les scènes
nationale et internationale, comme l’ont déjà fait d’autres villes françaises. L’exemple le plus évident est certainement
l’exemple lillois avec son quartier d’affaires très réputé, Euralille. Avec ce centre, Lille a acquis la dimension européenne à laquelle le projet prétendait. Ce fut Euralille 1, puis le succès a
appelé un Euralille 2 et l’on envisage déjà un Euralille 3. Quant à Lyon, son « crayon » lui confère inéluctablement ce même statut, si bien que de nouveaux projets sont étudiés comme
la Tour Oxygène. Marseille s’est également engagée très récemment dans un processus de densification tertiaire avec son quartier Cœur de Méditerranée dont la livraison est prévue prochainement.
Un quartier pas encore livré et pourtant de nouvelles études portent déjà sur de nouveaux bâtiments. Le succès appelle le succès, ces villes l’illustrent parfaitement.
P.J. Taylor and M. Hoyler - The Spatial Order of European Cities under
Conditions of Contemporary Globalization (GaWC inventory)
1.2 La requalification urbaine de tout un quartier
Un centre d’affaires a évidemment une emprise et des conséquences non négligeables sur la ville et a
fortiori sur le quartier où il est implanté. Tous les projets français de centre tertiaire s’accompagnent très généralement d’une étude sur la revalorisation de tout le quartier et pas seulement
de l’emprise de l’unique centre d’affaires. C’est ainsi que Lille a profité de la construction de Euralille pour réaménager tout le secteur de la gare, ce qui a permis d’améliorer la qualité
de vie des habitants des environs. Euralille est largement plébiscité par les Lillois eux-mêmes, tant sur le plan architectural que sur le plan de l’urbanisme (défini comme l’étude systématique
des méthodes permettant d’adapter l’habitat urbain aux besoins des hommes… ce dont on déduit qu’Euralille offre une haute qualité de services et de commodités aux habitants). A Lyon, le
« crayon » sert de locomotive à tout un quartier comme le prouve la construction prochaine de la Tour Oxygène.
www.tour-oxygene.com
Ces éléments empiriques expliquent que l’étude Treuttel-Garcias-Treuttel ne se limite pas au seul centre d’affaires. Y est dès lors étudiée la requalification urbaine de tout un
quartier, de tout le quartier Saint-Jean/Belcier. La construction d’un centre tertiaire rend possible la renaissance du quartier sur lequel il est implanté (cette même logique est également celle
de Marseille). L’arrivée d’un TGV, quelque soit sa vitesse ne suffit pas à faire d’un centre d’affaires un pôle tertiaire stratégique au niveau national et européen. Il faut par conséquent avoir
une logique plus globale, à l’échelle du quartier concerné pour donner toute sa dimension à ce pôle. Un tel pôle n’est attractif que si son quartier l’est aussi. Cette idée d’interdépendance a
certainement prévalu au choix d’étendre l’étude d’urbanisme à tout le quartier Saint-Jean/Belcier.
2. Pistes de réflexions pour une solution adéquate
Nous venons donc de résumer les principaux enjeux de la construction d’un centre d’affaires : répondre à la concurrence des métropoles (sans toutefois altérer la « personnalité » de
Bordeaux) et permettre la requalification de l’ensemble du quartier Saint-Jean/Belcier. Aussi convient-il de proposer quelques pistes de réflexion, d’abord en ce qui concerne l’emprise du centre
d’affaires, ensuite en ce qui concerne la dimension de ce centre, afin que le pôle tertiaire corresponde aux attentes légitimes d’une ville comme Bordeaux.
2.1 Réflexions sur l’emprise du centre d’affaires
Les emprises du centre d’affaires telles que définies dans l’étude TGT semblent bien adaptées à un pôle tertiaire répondant aux objectifs préalablement mis en avant. En effet, il est bien
question d’une tour-signal à proximité immédiate de la Garonne, ce qui permettrait de constituer plusieurs repères urbains ponctuant grosso modo les différentes séquences des quais : cette
tour-signal, la flèche Saint-Michel, la place de la Bourse, l’espace vide des Quinconces, le Pont Bacalan-Bastide.
Comme sa dénomination le sous-tend, cette tour marque l’entrée de Bordeaux pour le voyageur parisien dans son TGV. Par ailleurs, en admettant que le Pont Bacalan-Bastide soit réalisé, une tour à
proximité de la Garonne pourrait rappeler au sud de Bordeaux la « forme urbaine » se situant au nord, ce qui assurerait une certaine cohérence à l’ensemble des quais. Le voyageur
toulousain, dans son TGV également, aurait l’enchantement de découvrir derrière ses fenêtres le pôle tertiaire principal au sud du pont du Guit.
A première vue, l’emprise de ce projet pourrait effrayer. Cependant, il a été rappelé qu’aucune expropriation n’était prévue. Nous sommes donc loin de l’esprit qui a prévalu à la construction du
quartier tertiaire à dominante administrative qu’est Mériadeck. Effectivement, le Mériadeck de Chaban s’est littéralement substitué au Mériadeck traditionnel dont il a été fait table rase. A
Belcier, le centre d’affaires devra se plier au bâti existant et s’y adapter.
2.2 Réflexions sur les dimensions du centre d’affaires
Comme nous l’avons rappelé plus haut, le centre d’affaires bordelais devra relever deux défis : le défis de la métropolisation et celui de la requalification du quartier
Saint-Jean/Belcier. La dimension du centre d’affaires pourrait sembler accessoire, pourtant c’est une question essentielle à en juger de par les enjeux. La hauteur fait peur. Cette peur est
partagée par la plupart des citadins dans la plupart des villes françaises (notamment à cause de l’association d’idées entre hauteur et logements sociaux où le fonctionnel prime sur
l’esthétique).
Cependant cette peur est encore plus vivace dans les esprits bordelais. En effet, Bordeaux a la réputation d’être une énorme tâche d’huile, avec l’une des plus faibles densités en France. Aussi
grande que Lyon, la métropole bordelaise ne pèse que la moitié de Lyon en termes d’habitants. Une situation parfois problématique puisqu’elle provoque une augmentation des flux horizontaux, les
moins écologiques. De la même façon, elle nécessite un éparpillement des services, ce qui manque de souplesse et nuit certainement aux performances. Une densification, en ce qu’elle lutte contre
l’étalement urbain, est une nécessité écologique, sociale et, osons le mot, économique.
Recensements de la population, Insee
En outre, l’idée selon laquelle Bordeaux n’est qu’une ville basse est un mythe et doit être considérée comme telle. En réalité, Bordeaux est pleine de contrastes avec des bâtiments élevés d’une
part (Quinconces, façades des quais, Grand-Parc, les Aubiers) et des échoppes d’autre part. Bordeaux ne peut pas rester une ville basse tout simplement parce qu’elle n’est pas une ville basse.
Comment rester ce que l’on n’est pas ? Il faut donc repenser la notion de hauteur, laquelle ne doit pas effrayer à cause de la médiocre utilisation qui en a été faite dans les années 1950 et
1960. R+15, c’est déjà, pour un Bordelais, une révolution. Ce n’est toutefois pas suffisant pour un centre
d’affaires attractif. A Lyon, Lille et Marseille, ce sont des bâtiments de plus de 120m qui ont été construits ou sont en chantier. Rennes construit, elle, déjà du R+13 pour des
logements…
Comment Bordeaux pourrait-elle dès lors rivaliser ? Et pourtant, nous nous limitons là à une échelle franco-française mais si l’on devait élargir le champ de comparaison, les doutes se feraient
encore plus présents. Le centre d’affaires actuellement prévu ne correspond même pas à une « dimension bordelaise » puisque nombre de bâtiments bordelais dépassent le R+15 : la Cité
administrative (90m), la flèche Saint-Michel (114m), et même les futurs piliers du Pont Bacalan-Bastide (84m) et enfin à Belcier, la résidence "Le Saint-Jean" (50m). A R+15, c’est l’utilité
même d’un centre d’affaires qui se pose. Quelle grande société sera attirée par un centre qui ne portera pas bien haut son nom ? R+15, est-ce le geste architectural fort que l’on aurait pu
attendre ? Sont-ce là les immeubles en hauteur promis par M. Moga ?
C’est l’occasion pour Bordeaux d’inscrire dans son patrimoine un nouveau repère urbain, comme l’ont été en leur temps le Palais Gabriel ou la flèche Saint-Michel, ou
encore la Cité administrative et Mériadeck. Et Bordeaux n’est pas trop petite pour cette ambition : elle a une dimension internationale affirmée, comme en témoigne ses prestigieux jumelages, et
d’autres villes de la taille de Bordeaux se sont dotées d’immeubles très hauts (comme le Turning Torso à Malmö en Suède dans une ville de 200000
habitants).
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