Dans l'imaginaire collectif, la tour et la hauteur sont associées aux logements sociaux et aux "cités" construits jusque dans les années 1970
et où le fonctionnel primait sur l'esthétique. Il n'est donc pas étonnant que la moindre hauteur effraie les habitants de nos villes françaises. Mais qui sait que, aujourd'hui, les tours et
notamment les tours tertiaires n'ont rien à voir avec ces cités, dont les destructions sont très médiatisées (Meaux, Bègles etc.) ?
Nos hommes politiques le savent, comme en témoignent les commentaires de Michel Duchène. Pourtant, ils renoncent à contrer les
préjugés des habitants. Cet attentisme est fort dommageable pour nos villes qui prennent un retard considérable par rapport à leurs voisines européennes et dont la densification est nécessaire.
Cet attentisme est d'autant plus critiquable que ce que nous appellerons ici la pédagogie de la hauteur est susceptible de venir à bout des préjugés des citadins si tant est que nos décideurs
locaux aient le courage de bousculer nos habitudes urbaines. Ainsi un internaute du forum officiel de la Ville de Toulouse reconnaît-il l'intérêt de ce forum qui lui a ouvert les yeux
sur la nécessité de la hauteur alors que lui aussi était emprunt de préjugés face aux tours (je le cite : j'avoue qu'à priori j'étais contre la hauteur avec la crainte de voir se créer de
nouveaux Mirail mais je comprends désormais que cela n'a rien à voir. J'ai totalement basculé en faveur de ce type de projets). Il faut dire que ce forum a permis un débat d'idées assez
exceptionnel et très enrichissant. Même le maire d'un des quartiers de la Ville rose a pris part à ce débat n'hésitant pas à afficher publiquement ses convictions "pro-tours". Un obsédé des
tours lui aussi à n'en pas douter ! Ce forum est la preuve que l'information des citoyens peut leur faire accepter un urbanisme vertical. La question qui se pose dès lors est de savoir s'il y a
une réelle volonté politique pour ce type d'urbanisme. Nos élus jouent sur plusieurs tableaux : ils vantent la hauteur en évoquant la "dimension européenne" puis Alain Juppé refuse le
débat qualifiant les "pro-tours" d'obsédés. Prenons garde qu'ils ne soient pas en fait des visionnaires, comme l'ont été avant eux nombre de personnes revendiquant des positions atypiques...
Finalement, les plus réfractaires ne sont peut-être pas les coupables si facilement et si souvent désignés, à savoir les habitants, lesquels manquent cruellement d'informations. Mais il est
sûr que ce n'est pas en alimentant le mythe de la ville basse que l'on va aider à la prise de conscience.
Le travail d'un amateur : Toulouse et modernité...
Montage : Romu
Cette prise de conscience collective ne pourra prendre forme que grâce à une meilleure information du citoyen. Le Pacte écologique y contribue à certains égards. L'information, c'est aussi l'une
des priorités de ce blog. Mais ce n'est pas suffisant tant que les pouvoirs publics n'afficheront pas clairement leur volonté pro ou anti-tours, et qu'ils ne s'en expliqueront pas devant les
citoyens. Lors de mes multiples démarches, les acteurs de la vie publique bordelaise n'ont pas trouvé d'autres mots si ce n'est pour me dire que mon analyse était juste et pertinente.
Pourtant Monsieur Juppé parle d'une obsession des tours, sans expliquer en quoi le modèle urbain qu'il défend est le seul viable. Le manque d'informations est donc criant. Des solutions, il y en
a. A l'occasion d'un dialogue en ligne en date du 28 novembre 2006, M. Juppé avait qualifié l'idée d'un forum d'excellente. A l'heure d'aujourd'hui, aucune suite n'y a été donnée (actualisation :
un forum a été mis en place dernièrement, mais sa portée est très limitée : la quartier n'y est pas représenté et le seul lien que l'on pourrait faire avec le projet de centre d'affaires est avec
la rubrique 'se loger'... il faut avouer que le lien est des plus ténus !). La piste du portail bordeaux.fr pourrait également être explorée : le projet de centre d'affaires y
brille par son absence, y compris dans la rubrique relative aux projets bordelais, alors que Marseille et Lille y consacrent un site entier. Cette absence révèlerait-elle la médiocrité des
ambitions pour ce projet à l'état actuel ? En tout cas, cela illustre une fois de plus le manque d'informations du citoyen concernant ce projet qui engagera Bordeaux pour des décennies et pas
uniquement sur le plan économique.
bordeaux.fr